Paroisse saint François Xavier - Ouelessebougou

Paroisse saint François Xavier

Les trois paroisses de Bougouni, de Goualala et de Ouéléssébougou, couvrent tout le secteur sud du diocèse de Bamako. Aujourd’hui, Ouéléssébougou est un arrondissement situé sur le grand axe routier Bamako-Sikasso-Abidjan, à quelque 80 km de la capitale. En plus de Ouéléssébougou, la paroisse inclut une partie des arrondissements de Keleya, de Kourouba et de Sanankoroba. C’est une population essentiellement bambara et rurale, donc un milieu assez homogène.

La première annonce de l’Evangile s’est faite à partir de Bamako, sur l’initiative du P. Camille Cormerais. Grâce à sa petite Citroën, il pouvait se rendre rapidement et sans trop de fatigue à Ouéléssébougou, avec un catéchiste et deux bicyclettes. A partir de là accompagné de Francis Sangaré, le catéchiste, il visitait systématiquement les villages en bicyclettes. Cent quinze localités font ainsi prospectées. Le P. Cormerais expliquait à l’assemblée des notables, la raison de sa présence, et leur proposait d’envoyer chez eux un homme capable d’instruire dans la foi chrétienne ceux qui le désiraient.

Nous sommes en 1934. Un certain nombre de villages répondent favorablement à l’appel du Père, et en décembre, une soixantaine de jeunes hommes se retrouvaient à Kati où pendant trois mois, ils reçurent une première initiation chrétienne. Le 1O mars 1935 cinquante-quatre obtinrent une médaille signifiant qu’ils devenaient les premiers catéchistes de leurs villages, eux simples catéchumènes.

Fondation de la Paroisse

Le 18 septembre 1936, Mgr Molin avait annoncé la prochaine fondation de la nouvelle paroisse, et nommé pour cette mission les PP. Bizard et Hecquet, ainsi que le F. Dominique. Dès le 9 novembre, après autorisations obtenues du chef de village, du chef de canton et des autorités coloniales, le vicaire apostolique érigea la quasi-paroisse Saint François-Xavier de Ouéléssébougou, avec église au dit lieu et un territoire détaché des deux quasi paroisses de Bamako et de Goualala.

L’arrivée des trois missionnaires à Ouéléssébougou date du 10 novembre 1936. Ils commencent par camper quelques jours dans le pied à terre aménagé pour le P. Cormerais, au centre du village, puis s’installent à quelques 250 m de là, au sud-est, entre la route de Bamako-Bougouni et un marigot ». Installation provisoire, dans un ensemble de cases rapidement construites par le Frère sur l’emplacement de l’actuelle église.

Sans attendre, le Fr. Dominique fit construire, près du marigot qui longe le terrain de la mission, un grand four (7,6Om de long, 5,10m de marge ; 4,30m de haut) capable de cuire 20 à 25.000 briques par fournée. Cela permit de commencer les fondations d’un bâtiment vers la fin d’août 1937. En avril 1938, la communauté emménageait dans un logement en dur. Entre temps, Dominique avait aussi entrepris un jardin potager, des plantations d’arbres et la construction de trois cases-chapelles dans les environs à Férékoroba, Tamala, Mana, signes à la fois évidents et fragiles d’une présence chrétienne.

Les conditions initiatives du travail sont bien résumées par ce témoignage du P. Bizard, qui date du 29 novembre 1936 : « Nous devons nous borner pour le moment à entretenir le mouvement lancé par le P. Cormerais. Il a fait un travil considérable : carte précise du pays, recrutement et instruction de catéchistes bénévoles, tournées nombreuses et pénibles ».

La mission au fil des ans.

En 1938, le P. Camille Cormerais a quitté Bamako pour devenir responsable de la paroisse. C’est alors que le futur Père François Diallo y fait un stage avant d’être ordonné prêtre chez les PP Blancs en juin de l’année suivante.

Voici quelques réflexions écrites par le P. Cormerais en 1945 ; elles sont révélatrices des conditions et du style de la première évangélisation :

« Le milieu évolue sensiblement à l’heure actuelle : ce qui permet de parler plus ouvertement et de s’affirmer sans crainte de tout compromettre. Nous en avons la preuve dans les causeries de mise au point faites dans de nombreux villages, soit devant les vieux, soit devant la population réunie sur la place. Non seulement on obtient un succès facile en signalant l’escroquerie et l’immoralité des marabouts ambulants, mais des vieux osent même parler en public de l’inanité des fétiches, ce qui, il y a peu de temps encore, aurait pu leur coûter très cher ? Nous avons ouvert une brèche dans le paganisme social, le grand obstacle à l’établissement du christianisme.

Déjà au Banan (Zone orientale, maintenant rattachée à la paroisse de Bougouni) où plusieurs de nos catéchumènes avaient été menacés de mort s’ils refusaient de prendre par à l’initiation au fétiche « do », nous avons obtenu officiellement du chef de canton que personne ne serait initié de force. Il y eut pression secrète, et plusieurs se soumirent à la volonté de leurs parents, mais certains jeunes gens résistèrent jusqu’au bout.

Pour arriver au baptême, nos bambaras doivent abandonner les coutumes qui créent l’unité du village autour du fétiche, et permettent au chef – il faut bien le dire- de maintenir l’ordre et une certaine moralité. Ce sont les fétiches qui légifèrent, et ce sont eux qui punissent. Or, se soustraire à ces coutumes, c’était en fait prononcer sa propre condamnation à mort, et ce qui est pire attirer sur sa famille des vengeances terribles. »

Dix ans après sa fondation, la paroisse compte 63 baptisés : 40 hommes, 7 femmes et 16 enfants. En 1956, c’est-à- dire au bout de vingt ans, les baptisés sont au nombre de 371. Cinq ans plus tard, au lendemain de l’indépendance du Mali, ce nombre tourne autour de 500, mais le vent de l’indépendance a fait fondre assez rapidement l’effectif des catéchumènes dans beaucoup de villages. La paroisse a cependant déjà poussé de solides ramifications dans une vingtaine de localités.

Aujourd’hui, le registre des baptêmes de Ouéléssébougou contient environ 2.000 noms. Plus du tiers de ces chrétiens de sont établis ailleurs ; il en reste quelque 1.300 sur place, dont un millier dispersés dans une quarantaine de villages.

Quelques réalisations :

Contribution de la paroisse à la formation des catéchistes :

Le 1er novembre 1945, s’ouvrait dans la paroisse, une école de catéchistes qui rassemblait des jeunes de Ségou, de Bamako, de Goualala et bien entendu, de Ouéléssébougou. Elle fonctionna deux ans, et rouvrit en 1951 avant d’être transférée à Faladjè, d’abord partiellement (1955) puis complètement (1958).

Cela pour rappeler que dès le début de la mission, la formation de catéchistes,
fut considérée comme une tâche de la plus haute importance.

Une école d’enseignement fondamental

En 1962, les Pères se rendent compte qu’une école paroissiale permettrait d’assurer une éducation propice aux enfants chrétiens des villages. Mgr Leclerc, attentif au fait qu’une école officielle fonctionne déjà depuis 1925 à Ouéléssébougou, souhaite que l’école de la paroisse soit désirée, c’est-à-dire demandée par la population elle-même, et pas seulement par les prêtres. A la suite de quoi, le conseil paroissial entreprend un travail de sensibilisation auprès des pères de famille. Une lettre est alors adressée au Comité d’Arrondissement pour solliciter que la Mission ouvre une école, parce que « l’école actuellement existante n’arrive pas à recevoir tous les enfants qui désirent l’instruction ». Le Comité transmet la demande à Bamako, et le Commandant Kalifa Traoré annonce à l’abbé David Traoré, le 23 janvier 1963, que c’est chose acquise.

Pour la rentrée d’octobre 1963, l’école privée de Ouéléssébougou ouvre ses portes à 65 élèves, dont la majorité se compose d’enfants musulmans, ( il en a toujours été de même par la suite). Entre 1966 et 1982, l’établissement comprenait une cantine scolaire, pour faciliter la scolarisation des enfants des villages. A partir de 1981, la paroisse a obtenu l’autorisation d’ouvrir un second cycle, venant compléter l’enseignement de premier cycle dispensé jusqu’à cette époque.

Dispensaire et maternité

Dès le début, les responsables de la paroisse se sont souciés de la santé : un Père assurait le service du dispensaire construit en septembre 1937, avec briques cuites et toit de tôle.

En mai 1951, ce dispensaire est pris en main par Mlle Lanier, une infirmière venue de France. C’est alors que trois religieuses maliennes, des Filles du Cœur Immaculé de Marie, sont envoyées à Ouéléssébougou pour deux ans, afin de se former aux soins de santé, et se préparer ainsi à l’ouverture d’un dispensaire dans la paroisse de goualala. Mademoiselle Lanier regagne la France en 1957. A la suite d’une pétition adressée au Ministre de la santé par le groupement bamakois des originaires de Djitoumou, (le Djitoumou couvre l’aire de Ouéléssébougou), la paroisse cède le dispensaire à l’Administration à compter de 1958.

Il faudra attendre 1968 pour qu’on parle d’une implantation des Sœurs de Saint Vincent de Paul d’Opwijk. Au commencement de cette année, leur Mère Générale rend visite à la paroisse. Le 1er janvier 1970, quatre Sœurs se mettent au service de la maternité et du dispensaire publics de Ouéléssébougou. Deux ans plus tard, elles font construire une nouvelle maternité et un nouveau dispensaire, lesquels furent remis officiellement à l’arrondissement le 7 novembre 1973. Outre leur travail quotidien, à Ouéléssébougou, les Sœurs étendent leur activité à un certain nombre de villages environnants : visites régulières aux formations sanitaires de base, campagnes de vaccinations ou de nivaquinisation. Des stages d’infirmiers et infirmières ont souvent lieu à Ouéléssébougou.

Centre Social

En 1969, la Congrégation des Sœurs d’Opwijk a construit les bâtiments d’un centre social, remis au gouvernement l’année suivante. Les premières activités, conformes au programme des centres sociaux de l’époque, concernaient sur place des femmes mariées, ainsi que des jeunes filles illettrées ou envoyées de l’école. Progressivement, l’influence du Centre s’est élargie à la population rurale des environs de Ouéléssébougoou, et amplifiée dans une animation rurale féminine. Les activités d’animation sont à présent assurées par des monitrices qui reçoivent une formation permanente au Centre.

Bilan d’un cinquantenaire

Les cinquante ans d’existence de la paroisse ont fait l’objet d’une célébration solennelle, présidée par Mgr Luc Sangaré. Ce fut les 7, et 8 février 1987, l’occasion d’une grande fête qui, au-delà des paroissiens, rassembla nombre de chrétiens originaires de Ouéléssébougou et maintenant établis ailleurs, ainsi que toutes les autorités locales et bien des amis non chrétiens. La communauté chrétienne de Ouéléssébougou et des villages avait su se mobiliser, non seulement pour organiser un tel rassemblement (ce n’est pas une petite affaire de préparer logement et nourriture pour un millier de personnes !) , mais pour prendre conscience de ses racines, et affirmer sereinement son identité chrétienne aux yeux de tous.

Depuis trois ans, quelques 350 dogons, dont beaucoup de catholiques, se sont installés sur le territoire de la paroisse, au sud de keleya, à Banantumu et dans quelques villages alentour. Près de Ouéléssébougou, des chrétiens protestants sont présent à Mana et de livrent à un sérieux travail de formation. La paroisse se doit de réserver à tous un accueil fraternel.

L’animation pastorale s’est sectorialisée, afin de permettre que les laïcs exercent de plus en plus leur responsabilité au sein des communautés qui rassemblent les chrétiens de plusieurs villages. Chacun des huit ensembles ainsi constitués a son chef de secteur et ses responsables de la catéchèse, de l’entraide fraternelle (SECAMA). La formation de ces responsables est entretenue et poursuivie par des rencontres régulières à Ouéléssébougou, ainsi que par sessions ou stages diocésains tenus au centre catéchétique de N’Tonimba. La responsabilité de l’entrée en catéchuménat repose maintenant sur le secteur, qui prend en charge les catéchumènes et les propose ensuite pour une formation plus intensive donnée à Ouéléssébougou, où elle se conclut par le baptême.

Pendant toute l’année, ont lieu à Ouéléssébougou, des stages de catéchèse, et une fois par an, un stage d’alphabétisation en bambara à destination des enfants, jeunes gens et jeunes filles des villages. Quant à la catéchèse scolaire, elle repose sur les maîtres et des femmes catéchistes bénévoles.

Dans le monde rural, la JAC, qui entre 1957 et 1964, avait déjà dynamisé un certain nombre de jeunes villageois, a repris depuis trois ans plusieurs activités : rencontres de réflexion sur l’existence quotidienne à la lumière de la foi chrétienne. On y traite d’alphabétisation, de méthodes de cultures et de plantations, d’hygiène des villages, de barrages… Les comités SECAMA de chaque secteur ont géré la répartition de l’aide alimentaire reçue ces dernières années ; ils gèrent aussi les fonds provenant de l’extérieur en vue de subventionner partiellement l’achat de matériel agricole (charrues, semoirs, charrettes, bouettes.)

En bref, la priorité pastorale est de conduire les communautés de secteur à devenir de plus en plus responsables de l’entretien et de la communication de leur foi, de leur vie de prière personnelle et communautaire, du partage et de l’ouverture missionnaire qui doivent caractériser tous les fidèles de Jésus Christ.