Messsage de l'Archeveque de Bamako pour la fête de NOEL

Message de l'Archevêque de Bamako pour la fête de NOEL

Bien chers frères et sœurs en Christ, la Paix soit avec vous !

Les années se suivent, mais ne se ressemblent guère, dit-on ! En effet, lorsque nous nous souhaitions les meilleurs vœux de Joyeux Noël et de Bonne et Heureuse année 2012, aucun de nous ne se doutait de ce que nous vivons depuis le 17 Janvier, début des épreuves dans lesquelles nous sommes plongés. Dieu seul en connait l’issue. 

A vrai dire, 2012 n’a pas été l’année du Mali. Depuis bientôt un an, notre pays est devenu tristement célèbre. Il offre quotidiennement aux médias du monde entier le type d’informations dont ceux-ci sont friands : Guerre, Coup d’Etat, Rébellion, Invasion des deux tiers du territoire par un mélange hétéroclite de groupes armés, tout cela accompagné de son lot de souffrances :

  • celles des réfugiés à l’intérieur comme à l’extérieur du Mali,
  • celles des populations restées sur place. Impuissantes, elles assistent ou subissent des exactions de toutes sortes : vols, viols, persécutions, mutilations, profanation des lieux de culte et de tombeaux sacrés, condamnation à mort. Du jamais vu !  
  • Le pays tout entier semble être possédé par les démons de la division qui entrainent la partition du Mali, les mésententes politiques, civiles et militaires.

Que de morts ! Que de veuves et d’orphelins ! Que de Blessés dans la chair et dans le cœur !

Ni Môgô ma sa, ko bè juru b’i là !

Depuis bientôt un an, notre cher pays piétine, tourne en rond, s’exténue en marches et meetings de toutes sortes. Les hommes et les femmes, embourbés dans leurs contradictions, mobilisent et immobilisent, incitent à la violence aveugle et meurtrière les pauvres populations en quête de sens à donner à tout cela.

Depuis bientôt un an, notre cher pays, le Mali, malgré les ultimatums de la communauté internationale et les aspirations du peuple s’essaye à une gouvernance précaire. En effet, en quelques mois, deux premiers ministres et trois gouvernements, - un véritable record -, sans compter ces rendez-vous manqués autours des concertations. Tout cela ne milite pas en faveur du sérieux d’un pays assiégé et dont la population commence à douter de la sincérité des gouvernants et de leur engagement désintéressé.

Les communautés internationales, régionales et sous régionales  font ce qu’elles peuvent, mais ne peuvent aucunement, à elles seules sortir le Mali de la situation dans laquelle elle se trouve aujourd’hui. Beaucoup de proverbes du terroir disent que le responsable du deuil ne peut transférer cette responsabilité à une autre personne. Il faut s’assumer. La balle est dans le camp des maliens désormais, et il serait dangereux de différer indéfiniment les responsabilités qui sont les nôtre.

N’i ko aw ye n’dèmè ka wara faga

O k’a sôrô a kunkolo b’i yèrè bolo ! 

Devant une telle situation que nous faut-il faire ?

Ni môgô ma sa, ko bè juru bè i là ! Disent les bambaras. Combien sont nos compatriotes qui, au stade suprême du désespoir, regrettent d’avoir vécu trop longtemps pour assister à ce qui arrive ? « An ye an taa tuma jè » s’écrient-ils. Les vivants envient les morts.

Je n’oublierai jamais cet appel téléphonique d’un ainé. C’était dans la nuit du 30 Avril au 1er Mai. J’aurai souhaité que ce fût un poisson d’Avril. Il n’en était rien. Mon ainé epleuré me confiait ceci : « Petit frère, ne soit pas étonné si je t’appelle si tardivement. Je viens te demander un dernier service. Ne me le refuse surtout pas. Petit frère, au regard de tout ce que nous connaissons, au regard surtout de cet affrontement fratricide au sein des forces armées, An ye an taa tuma jè ! Les vivants envient les morts. Alors, vite entre en prière avec moi, et demande au Seigneur de ne pas me faire voir le soleil de demain, de me prendre auprès de lui avant l’aube ».

Ce cri de cœur m’a révélé la gravité de la situation de crise que vit notre pays.

 En effet, notre cher pays, le Mali traverse l’une de ses graves crises de son histoire. Devant cette situation, que devons-nous faire ? Devons-nous tomber dans le désespoir, au point de perdre la foi en nous-mêmes, en notre pays, et surtout en notre Dieu ?

Dans ce contexte, quel est le sens de Noël ? Quel message le petit enfant, emmailloté et couché dans la crèche, qui pourtant, est le prince de la paix peut nous apporter, nous croyants ?

Devant la gravité de la situation, on peut adopter4 types de comportements :

  1. Premier comportement : Le découragement, le désespoir : an tatuma tèmèna an kan ! on va jusqu’à souhaiter sa mort. On regrette d’avoir vécu jusqu’à être témoin de ce qui arrive. Alla m’an kissira o ma !
  2. Le second comportement, c’est l’indifférence : Ce qui arrive c’est l’affaire des grands, des politiciens, des militaires. Ils n’ont qu’à s’entendre et nous laisser tranquillement vaquer à nos occupations, rechercher notre pain quotidien.
  3. Le 3ème comportement, c’est l’attitude de va en guerre : la violence, combattre l’adversaire en face, définitivement avec cette question du nord. Une logique aux conséquences gravissime. Elle est nourrie par la sève du racisme, du régionalisme, du statut social, de l’intolérance religieuse et de l’opinion politique. Pas question de vivre ensemble dans le respect de nos différences fondamentales.
  4. Le 4ème comportement : il est inspiré par une conception dynamique de la paix. Elle est avant tout un don de Dieu. C’est pourquoi Jésus nous dit : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » Mt 5. Une telle paix est un ordre vivifié et structuré par l’amour : ainsi chacun ressent comme siens, les besoins et les urgences d’autrui. Il faut partager ses propres biens aux autres. La réalisation d’une telle paix dépend avant tout de la reconnaissance d’être  en Dieu, une unique famille humaine. Une telle paix n’est pas un rêve. Elle est possible. Elle est don de Dieu. Rien n’est impossible à Dieu. Elle exige la communion des cœurs. Des signes d’une telle paix nous en avons dans la situation que nous vivons. Je pense à la joie des enfants dans un camp de refugié. Je pense à la joie des enfants dans un camp de refugié ici à Bamako. Alors que les parents étaient tristes, préoccupés de l’avenir, les enfants qui se retrouvaient pour la première fois, courraient partout, riant, oubliant la fatigue du voyage. J’ai attiré l’attention des parents vers cette attitude des enfants en leur demandant de regarder l’avenir avec optimisme. Don do ni bèbè ban ko nyuma !

Le second signe qui m’a frappé, c’est l’accueil de la vie, les naissances dans ces camps de refugiés. Les nouveaux nés, y sont accueillis par tous et toutes. Ils apportent la joie dans le camp. Joie légitime. En eux on voit l’avenir, un avenir pas facile certes, mais un avenir de paix. Paix à la construction de laquelle, ils vont participer.  Alla ka u na kan diya.

Noël bien chers frères et sœurs, c’est justement l’accueil d’un enfant qui nous est donné. Chantons l’enfant qui nous est né, le fils de Dieu nous est donné Alléluia Alléluia

Chantons  joyeux Noël.

Au fils de Dieu venu du ciel

 Chantons Alléluia.

Noël, c’est la fête de l’accueil de cet Enfant au nom merveilleux EMMANUEL. Dieu avec nous. Il est pour nous, parmi nous, le signe par excellence, de l’Amour de Dieu.

Oui loin de nous rejeter, de nous abandonner définitivement à cause de nos péchés, de l’endurcissement de nos cœurs, Dieu parce qu’Il nous aime, nous donne son fils.

Pourquoi donc !

         Pour nous réconcilier avec lui

Pour nous réconcilier avec nous-mêmes

Pour nous réconcilier entre nous. Il est notre réconciliation, notre paix ! Merveilleux conseiller, Prince de la Paix, Dieu fort. Tels sont les noms que lui donne le prophète Isaïe. C’est lui dont nous célébrons la naissance à la fin d’une année ou les manifestations de la violence, de la haine, de la division ont ravivé  notre soif de paix d’entente et d’amour.

En effet, tout ce dont nous souffrons et dont nous allons continuer à souffrir, provient d’une conséquence grave, carence de la vitamine Amour.

Le racisme, la discrimination sociale, sous toutes ses formes ont pour nom, racisme, le manque d’Amour, or le premier commandement c’est l’Amour. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Jésus par sa vie, sa mort et sa résurrection, n’a vécu que selon celle loi. Elle nous procure la Paix, la paix don de Dieu.

Elle est la voie royale suivie par Jésus de sa naissance et sa mort. Accueillie et vécue pleinement, elle nous fait devenir ce que nous sommes. Fils de Dieu en Jésus.

Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Notre comportement de fils de Dieu en ce temps de crise, Jésus nous le donne, il nous l’enseigne par son exemple, par sa parole.

En tout premier lieu, il nous recommande le jeûne et la prière. Car nous dit-il le démon que nous avons en face de nous est de taille. C’est le maître expert en division. Il ne peut être chassé que par la prière et le jeûne.

En effet, c’est par le jeûne et la prière que Jésus a triomphé de Satan qui lui promettait : Avoir- Pouvoir- et Renommé.

Nous sommes depuis le début des hostilités, mis dans cette première disposition- Daigne le Seigneur nous donner la grâce de la ferveur et de la persévérance.

 

La seconde attitude que nous recommande Jésus en ces termes : Vous avez entendu qui a été dit. Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.

Eh bien ! Moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs. Pourquoi donc Jésus nous invite t-il a agir ainsi. C’est dit-il afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Vous donc, vous serez  parfaits comme votre Père céleste est parfait ;

 

En cette fin d’année, marquée par les conflits de toutes sortes dans notre pays, conflits qui nous affectent à plusieurs titres et l’enfant qui nous est né, nous propose un choix. Il s’agit de l’imiter. En effet sa dernière prière sur la croix est une prière de pardon : « Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font Lc 23,34

 

Seul l’Amour nous rend capable d’une telle attitude. Cet Amour vrai, portrait de Jésus, nous est donné dans cette méditation de Saint François d’Assise. Nous pourrons en faire notre prière en cette période difficile.

Prière de St François d’Assise

Joyeux Noël

Bonne et Heureuse Année 2013

                                                                           + Monseigneur Jean ZERBO

                                                                              Archevêque de Bamako