Carême, dans quel esprit l'aborder ?

Le Carême vient de commencer. Et si nous nous mettions à l'écoute de l'Esprit de Dieu, esprit de vie et de justesse, pour qu'Il devienne notre Maître intérieur ?

 Un verre d'eau, un chapelet, le carême peut commencer. © Virginia Castro/Ciric

Frère Silouane (moine du Mont-Athos, XXe siècle) écrit : «Le but de tout notre combat, c'est de trouver l'humilité». Pourquoi ? Parce que l'humilité n'est pas à confondre avec l'humiliation, qui est perverse et destructrice ; elle est la vérité et la justesse humaines et spirituelles dont toute personne a soif. Le Carême est un temps qui nous appelle à marcher sur le chemin de l'humilité, qui est aussi chemin d'écoute de ce que l'Esprit de Dieu nous dit en conscience, de ce vers quoi Il nous pousse, en parole et en acte, au-dedans de nous et entre nous. Frère Silouane ajoute : «Si nous ne sommes pas humbles devant nos frères, ne leur sommes pas obéissants dans des affaires toujours plus ou moins secondaires, comment serions-nous humbles devant Dieu et Lui obéirions-nous ?» Cette victoire est tout un chemin, mais elle est toujours possible et à notre portée si nous nous y exerçons au quotidien, car l'Esprit Saint habite en nous et nous donne peu à peu la force et le discernement pour avancer et vaincre les «pensées».

À nous de Lui demander ! Nous sommes responsables de la demande, dans le quotidien comme avec Dieu. Dieu peut agir, mais pas sans nous. Saint Benoît nous dit qu'il faut apprendre à ajuster nos demandes, à consentir à me poser la question : d'où me vient telle demande ? qu'est-ce qui est touché en moi derrière la demande que je fais ? Ce consentement est humilité. Le Carême nous appelle à jeûner de fausses demandes.

Rester vigilant. Ne pas se laisser avoir, ne pas laisser pénétrer les «pensées». Notre part, c'est de ne pas consentir aux «pensées». La force de combattre et de résister, c'est le Seigneur qui la donne, si nous la lui demandons à chaque occasion et si nous gardons les mains de notre cœur ouvertes pour la recevoir. L'acte de demander est très important. Demander en vérité nous apprend l'humilité, et l'humilité nous met dans la vérité de notre être et de ce qu'est la vie, la vraie. Demander, c'est reconnaître que je ne me donne pas la vie à moi-même, c'est consentir à recevoir, à m'ouvrir à la vraie Source.

En fait, le Carême exige de nous une décision intérieure de vivre au niveau de notre cœur profond. Alors nous pourrons regarder, écouter les autres, leur parler et leur tendre la main en vérité ; nous pourrons incarner notre foi. Nous sommes appelés à vivre notre foi dans notre cœur et dans notre chair. C'est cela, le Mystère de Pâques. Se repentir, c'est se mettre en route vers le Seigneur en allant vers notre Désir profond et en même temps vers les autres. «Écoute et accomplis et tu parviendras!», dit saint Benoît. Ce voyage est un pèlerinage accompli dans le cœur et dans le corps.

Nous mettre à l'écoute de l'Esprit de Dieu

En somme, dans quel esprit aborder le Carême ? Mettons-nous à l'école et à l'écoute de l'Esprit de Dieu, esprit de vie et de justesse, pour qu'Il devienne notre Maître intérieur. Le Carême est d'abord une question de don à recevoir, et non de choses à faire, même si celles-ci sont nécessaires aussi. Notre attention aux autres, nos partages, notre jeûne, notre aumône, pour être vrais et porter fruit de vie, doivent être enracinés dans notre désir profond, dans la prière. Alors, le Christ pourra nous simplifier et purifier notre regard, ouvrir nos mains, unifier nos capacités et richesses personnelles dans un élan de don de soi, de mise en commun. Le Carême se situe avant tout à ce niveau, puisqu'il nous indique le chemin de la dépossession de notre «moi». N'ayons pas peur de nous engager dans ce chemin de vérité : Dieu nous y attend.

Croire.com

Publié le 12 février 2015.