L’Eglise catholique en Afrique unit ses forces pour une intégration régionale plus vraie

Suite aux recommandations fortes de la première Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Evêques (1994) et convaincus de la nécessité d’une intégration régionale accrue qui, comme dans le cas de la Communauté économique des Etats d’Afrique Occidentale (CEDEAO) et de la nécessité d’une solidarité pastorale organique transcendant les barrières historico -linguistiques, les évêques de l’Afrique de l’Ouest ont décidé de former une seule Conférence Épiscopale Régionale de l’Afrique de l’Ouest (RECOWA-CERAO) rassemblant les pays francophones, anglophones et lusophones dans la région, en conformité avec les lois de l’Eglise (cf. Droit Canon 448, alinéa 2).

ASSEMBLEE CONSTITUTIVE RECOWA-CERAO Yamoussoukro, du 23 au 29 janvier 2012

COMMUNIQUE DE PRESSE

Notre destin commun

1. PREAMBULE

Nous, membres de la Conférence Épiscopale Régionale de l’Afrique de l’Ouest, avons tenu notre Assemblée Constitutive, du 23 au 29 janvier 2012, à la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la Paix à Yamoussoukro. Nous avons réfléchi dans la prière sur l’état de l’Eglise et de notre région sur le thème : L’Eglise Famille de Dieu en Afrique de l’Ouest au service de la Réconciliation, la Justice et la Paix. A l’issue de cette Assemblée, nous produisons ce présent communiqué :

2. Evénements dans l’Eglise

Suite aux recommandations fortes de la première Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Evêques (1994) et convaincus de la nécessité d’une intégration régionale accrue qui, comme dans le cas de la Communauté économique des Etats d’Afrique Occidentale (CEDEAO) et de la nécessité d’une solidarité pastorale organique transcendant les barrières historico -linguistiques, nous avons décidé de former une seule Conférence Épiscopale Régionale de l’Afrique de l’Ouest (RECOWA-CERAO) rassemblant les pays francophones, anglophones et lusophones dans la région, en conformité avec les lois de l’Eglise (cf. Droit Canon 448, alinéa 2). Avec l’entrée en fonction de la RECOWA-CERAO, à la fois l’AECAWA et l’ancienne CERAO cessent d’exister en tant qu’entités juridiques, sans préjudice à l’existence continue et à l’autorité des diverses Conférences Episcopales nationales. Il est envisagé que la RECOWA-CERAO sera désormais en meilleure position pour relever les défis pastoraux, socio-politiques et économiques de l’Afrique Occidentale. C’est dans cette perspective théologique et spirituelle que l’Assemblée tenue à Abuja-Nigeria du 5 au 9 Décembre 2007 a prévu cette Assemblée solennelle de Yamoussoukro.

3. Notre destin commun

Nous affirmons ainsi avec force, notre origine et notre destin communs, tout comme notre solidarité. Nous reconnaissons que nous sommes faits à l’image et à la ressemblance de Dieu (Genèse 1:27), et que nous sommes devenus enfants de Dieu par le baptême, nonobstant nos différences de race et de langue.

Des réflexions sur notre origine et notre destin communs sont cruciales pour la promotion de la bonne gouvernance, du sens du bien commun, de la subsidiarité et de la collaboration qui sont des facteurs clés de notre mission envers notre peuple dans la région. Ces facteurs clés ont été très bien énoncés dans notre Plan d’action déjà approuvé par l’Assemblée. La RECOWA-CERAO est donc déterminée à surmonter toutes les formes de divisions et les obstacles à la fois dans l’Eglise et dans la société. Cet objectif doit être atteint à travers la pratique concrète de la solidarité pastorale organique promue par la Première Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Evêques pour l’Afrique (Ecclesia in Africa, 1994). 4. Missio Ad intra (Mission dans l’Eglise)

Un des objectifs majeurs de l’Eglise comme famille de Dieu dans la région est de mettre en pratique les propositions de la Deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Evêques pour l’Afrique, en s’inspirant des Exhortations post-synodales, Verbum Domini et Africae Munus pour une Afrique plus réconciliée, juste et pacifiée. Dans cette veine, la RECOWA-CERAO est prête à promouvoir un clergé, des personnes consacrées, des agents pastoraux plus convaincus et plus engagés. Ainsi, la mission de réconciliation, de justice et de paix devra-t-elle commencer au sein de l’Eglise. Un programme thématique et pédagogique sera développé par la RECOWA-CERAO pour permettre à l’Eglise de mettre en œuvre son enseignement social dans les familles, les communautés chrétiennes de base, les écoles, les séminaires et les maisons de formation, les universités, les instituts supérieurs et tous les centres pastoraux Catholiques de la région. Les entrepreneurs et les politiciens catholiques seront aussi formés dans ce cadre. A cet effet, des commissions ont été déjà mises en place pour développer des modules de formation.

5. Missio ad extra (Hors de l’Eglise)

Etant donné que la formation des agents pastoraux n’est pas réservée exclusivement à la mission ad intra, l’Eglise ainsi formée ou instruite sur sa propre doctrine sociale et ayant travaillé en interne sur la question de la réconciliation, la justice, la paix et le développement, orienté dans l’esprit du dialogue interreligieux et de l’œcuménisme, saura désormais aborder les questions sociales avec les autres chrétiens, l’islam et les religions traditionnelles africaines. La solidarité pastorale à ce niveau n’est pas nouvelle dans la région puisque des centaines de nos prêtres, des personnes consacrées et autres agents pastoraux y travaillent actuellement dans plusieurs pays hors de l’Afrique de l’Ouest.

6. Défis de leadership

L’Église en Afrique reconnaît sa mission prophétique envers notre peuple qui souffre sous l’effet d’un mauvais leadership. Nous sommes profondément attristés par le manque d’un bon leadership dans la plupart des pays de notre région.

Comme le Saint-Père Benoît XVI l’a souligné dans son exhortation post-synodale, Africae Munus « Aujourd’hui, de nombreux décideurs, tant politiques qu’économiques, pensent qu’ils ne doivent rien à personne d’autre qu’à eux-mêmes ». « Ils ne s’occupent que de leurs droits, et ils ont souvent de grandes difficultés à assumer leur propre développement ainsi que le développement intégral des autres » (AM 81-83). Ce déni de justice est la cause de conflits dans la plupart des pays de notre région.

Alors que nous saluons les efforts assidus de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), en ce qui concerne la promotion d’un bon leadership et du maintien de nos démocraties naissantes, nous demandons instamment à nos dirigeants politiques de voir leur fonction comme un appel au service plutôt qu’une occasion de faire usage de la force brutale, de l’égoïsme effréné et de la corruption.

7. Insécurité dans nos Etats

Une hausse du taux de criminalité dans nos sociétés et le non respect de la loi constituant une violation des droits de l’homme, sont des causes de grande préoccupation pour la RECOWA-CERAO. Pendant que des vols à mains armées, des enlèvements, des attentats et autres actes terroristes restent des problèmes graves appelant à une attention concertée et à une éradication conséquente, la circulation illégale d’armes légères d’un pays à l’autre est devenue une grande cause d’insécurité et de terrorisme. Nous sommes consternés par la longue négligence de certains fonctionnaires des douanes qui a conduit à l’infiltration d’armes et de drogues à travers nos frontières et nous faisons appel à toutes les autorités compétentes aux fins de contrôler l’accès aux armes pour des raisons de sécurité.

Tout en félicitant la Commission de la CEDEAO pour ses efforts dans l’amélioration des mouvements à nos frontières, nous exhortons les gouvernements à faire appliquer la loi sur la circulation illégale des armes et de la drogue. Cela permettra une meilleure intégration régionale réclamée par notre Assemblée.

8. Un mot à nos jeunes

La jeunesse est un don pour l’Eglise et la société. En effet, les jeunes sont les protagonistes du changement et les leaders de demain. La RECOWA-CERAO est consciente des conditions désastreuses qui font d’eux des victimes de la mauvaise gouvernance et qui les privent de nombreuses occasions prometteuses. Beaucoup d’entre eux sont sans emploi et manquent gravement de moyens de subsistance. Bien que nous poursuivions la promotion du développement humain, spirituel et intellectuel de nos jeunes, nous les exhortons à rester fidèles et respectueux des lois.

Nos jeunes ne doivent pas se laisser entraîner dans des actes de criminalité. Par ailleurs, nous exhortons tous les jeunes catholiques et en particulier ceux de la région ouest africaine, à participer activement aux mouvements religieux comme un moyen pour cultiver de profondes vertus civiques, en approfondissant leur relation avec Jésus-Christ dans le mystère de la Croix et par un amour filial pour la Vierge Marie.

9. Menace de fondamentalisme religieux

Nous remarquons dans certains pays de notre région la recrudescence du fondamentalisme religieux. Les effets néfastes de ce phénomène horrible dans les pays où il existe sont bien connus de nos populations. Nous exhortons donc les chefs religieux, qu’ils soient chrétiens, musulmans, ou adeptes des religions traditionnelles africaines, à condamner sans équivoque l’utilisation de la religion pour favoriser le fanatisme et l’exclusivisme, qui portent atteinte aux droits et libertés d’autrui, et à rejeter toute forme d’activités terroristes perpétrées au nom de la religion.

10. Nos élections

A l’issue de l’Assemblée, les élections ont donné les responsables suivants pour la conduite des affaires de notre Conférence, durant les trois prochaines années : Président : Théodore Adrien Cardinal SARR (Dakar, Sénégal) Premier Vice Président : Mgr Ignatius KAIGAMA (Jos, Nigéria) Deuxième Vice Président : Mgr José Camnâté NA BISSIGN (Bissau, Guinée Bissau) Les Révérends Pères Octavious Yipagtuo MOO (Damongo, Ghana) et Joseph Kacou AKA (Grand Bassam, Côte d’Ivoire) ont été respectivement nommés Secrétaire Général et premier Secrétaire Général Adjoint. Le nom du deuxième Secrétaire Général Adjoint sera donné, plus tard, par la partie lusophone.

11. CONCLUSION

Nos remerciements vont à l’endroit de nos frères Evêques de Côte d’Ivoire qui nous ont accueillis, avec fraternité et qui nous ont démontré leur sens de la collégialité épiscopale. Nous n’oublions pas de dire merci aux prêtres, aux religieux, aux religieuses, ainsi qu’aux nombreux laïcs qui n’ont ménagé aucun effort pour rendre notre séjour agréable.

Nous félicitons le peuple tout entier de la Côte d’Ivoire pour son engagement sur le chemin de la réconciliation et de la paix. Nous voulons exprimer nos félicitations à l’Eglise de Côte d’Ivoire pour son rôle dans la recherche et la promotion de la cohésion sociale. Nous confions votre pays à la bienveillance de Dieu Notre Père, à la fin de cette Assemblée, nous voulons rendre grâce à Dieu pour le bon déroulement de notre rencontre en cette terre de Côte d’Ivoire.

Nous adressons nos remerciements au Président de la République de Côte d’Ivoire, son Excellence Monsieur Alassane Dramane OUATTARA, pour sa présence à nos côtés ; nos remerciements s’adressent également aux membres du gouvernement ivoirien, ainsi qu’à toutes les autorités politiques, civiles administratives, coutumières, religieuses et militaires de Yamoussoukro et de la Côte d’Ivoire. Nous nous sommes sentis chez nous, grâce à l’hospitalité sans borne dont nous avons été l’objet depuis notre arrivée.

Enfin, nous prions d’un seul cœur Marie, Notre Dame de la Paix et Reine de l’Afrique pour qu’elle intercède pour nous, afin que nous prenions le chemin de la réconciliation, de la justice et de la paix ensemble comme membres d’une seule famille de Dieu. La même coupe Eucharistique à laquelle nous buvons signifie, à juste titre, que nous sommes du même sang et que nous partageons une destinée commune.

Yamoussoukro, le 28 janvier 2012

Les Cardinaux, Archevêques et Evêques de la RECOWA-CERAO