Mali: 25.000 personnes prient à Bamako en faveur de la paix

Près de 25.000 personnes ont participé samedi à Bamako, à l'initiative des responsables des trois principales religions du pays, à un grand rassemblement pour la paix, plus importante manifestation populaire depuis la prise du pouvoir par la junte militaire le 22 mars, a constaté l'AFP.

Le Haut conseil islamique du Mali, l'Eglise catholique et l'Association des groupements d'églises et missions évangéliques protestantes, à l'origine de la manifestation, ont exhorté à l'apaisement dans une déclaration commune lue à la clôture de la réunion.

Le rassemblement, qui s'est tenu au stade Modibo Keïta, était le plus important en termes d'affluence depuis le renversement, le 22 mars, du régime du président Amadou Toumani Touré (ATT) par un coup d'Etat militaire.

Il a regroupé près de 25.000 personnes, selon les organisateurs, alors que les gradins du stade, d'une capacité de 30.000 places, étaient en grande partie remplis de spectateurs.

Evoquant "la gravité de la situation sécuritaire et institutionnelle" du pays, les religieux ont "exhorté les Maliens (...) à la retenue, à la sagesse et au calme pour un apaisement du climat social".

Ils ont demandé aux acteurs politiques et sociaux de "privilégier le dialogue comme outil de négociation et de résolution de la crise", et appelé les pays voisins du Mali à "soutenir les efforts entrepris (...) notamment pour la résolution de la crise au Nord".

A ce propos, ils ont "invité la Cédéao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) en particulier et la communauté internationale en général", qui ont unanimement condamné les mutins, "à privilégier la concertation pour une solution négociée".

Ils ont aussi recommandé à la junte militaire de "convenir d'un programme de transition assorti d'un chronogramme précis et incompressible de gestion de la crise".

"Nous avons lancé un message de paix à l'endroit de tout le peuple malien, (...) tout le peuple, même ceux qui ont des armes dans le nord", a expliqué à l'AFP Mahmoud Dicko, président du HCIM, principale organisation islamique de ce pays de plus de 15 millions d'habitants à plus de 90% musulman.

"Nous devons nous donner la main, taire nos différences et sauver le Mali", a-t-il plaidé, se disant "très inquiet" de la situation à Gao, ville du nord malien attaquée samedi matin même par des rebelles touareg.

"(...) Si on doit encore ajouter des sanctions (à cela), ça va être une épreuve difficile à supporter. On espère que la Cédéao, la communauté internationale, que tout le monde va être sensible à la situation du pays", a-t-il souligné, en référence à la menace d'embargo brandie par l'Afrique de l'ouest si l'ordre constitutionnel n'est pas rétabli d'ici lundi.

Le rassemblement s'est déroulé sans incident, sous la protection d'un important dispositif policier. La foule était composée en majorité de jeunes, récitant tour à tour sourates et prières chrétiennes.

Au même moment, se déroulait au Stade du 26 mars, dans la périphérie sud de Bamako, un rassemblement pro-junte qui a regroupé quelques milliers de personnes. Les manifestants ont scandé des slogans hostiles au régime d'ATT, à la France et aux pays voisins du Mali, qui ont menacé d'imposer un embargo si l'ordre constitutionnel n'est pas rétabli d'ici à lundi.